Enfin libre
La jeune lectrice de l’Université d’Ispahan, Clotilde Reiss, est enfin libre. Débarrassée de son foulard, le ton assuré -avec un petit air de Rama Yade, elle a livré un discours simple et touchant sur le parvis de l’Elysée dimanche 16 mai.
Passionnée de culture persane, cette diplômée de Science Po Lille, était venue enseigner le français à l’Université d’Ispahan, à environ 300 km de la capitale. Un premier job sans risque apparent, jusqu’à ce qu’éclate le mouvement vert, faisant suite aux élections présidentielles de juin 2009.
Arrêtée lors des manifestations contre la réélection du président Ahmadinejad, Clotilde Reiss est accusée d’atteinte à la sécurité nationale, notamment pour avoir rassemblé des informations et des photos du mouvement. Elle est arrêtée et emprisonnée un mois et demi à la prison d’Evin, au nord de Téhéran.
A l’issu de son procès, elle sera autorisée à attendre son jugement en résidence surveillée à l’ambassade de France de Téhéran.
Les polémiques autour de sa libération
A peine libérée, déjà censurée ? Au moment des questions des journalistes, on remarque que Bernard Kouchner pousse légèrement la petite française. Mieux vaut être précautionneux, le dossier Reiss est des plus polémiques.
Première question, en somme assez classique lorsqu’une libération est arrachée par une démocratie à une dictature… Y-t-il eu échange, contreparties françaises, troc inavoué ? En d’autres termes, avons-nous concédé à l’Iran la libération de sa barbouze, qu’elle réclame depuis des années ?
Etranges coïncidences justement : le 5 mai, la France a permis à l’ingénieur iranien Majid Kakavand de regagner Téhéran alors que les États-Unis réclamaient son extradition. D’autre part, Ali Vakili Rad, l’agent iranien pris en opération à Paris, libérable depuis février, vient de bénéficier d’une libération et sera expulsé dans les jours qui viennent. L’homme, considéré comme un héros à Téhéran, avait étranglé de ses mains, l’ancien Premier Ministre du Shah d’Iran réfugié à Paris, Shapour Bakhtiar.
Deuxième polémique : il a été plus ou mois mentionné que le Brésilien Lula, le Syrien Assad, le Sénégalais Wade, pressés par Nicolas Sarkozy avaient joué les intermédiaires avec les mollahs. Et mauvaise nouvelle pour l’Elysée, le président sénégalais Abdoulaye Wase a eu besoin d’en parler. Il révèle l’envers des négociations sur RTL, mettant en cause le gouvernement français pour avoir compromis la libération de Clotilde Reiss il y a six mois.
Et c’est pas fini! Pour couronner le tout, une dernière accusation assez troublante : un ancien de la DGSE , assez controversé, accuse Clotilde Reiss de faire partie des services secrets. Selon lui, « Clotilde Reiss a travaillé au profit de la France pour collecter des informations qui étaient de nature de politique intérieure et d’autres qui étaient sur la prolifération nucléaire ».
Le ballet des petites phrases
Comme dans toutes ces histoires, le gna-gna-gna de la classe politique s’en donne à cœur joie. Le porte-parole du PS, Benoît Hamon a déjà lancé ses calots, demandant au gouvernement de « faire la transparence et d’assumer ses choix ». Cécile Duflot se range de son côté : « Il faudrait mieux assumer« , a-t-elle indiqué, sans dire précisément à quel type de contrepartie elle pensait.
Sur ce, Jean François Copé, le chef de file UMP à l’Assemblée, est intervenu : « J’aimerais simplement, comme ça se fait d’ailleurs dans toutes les démocraties, qu’on se contente de se féliciter de la manière dont les choses se sont passées et qu’on ne se jette pas, dès la première minute du retour de Clotilde Reiss en France, dans la première polémique qui vient« , a-t-il insisté.
Là, c’est pas gagné…
Une réforme ou un nuage de cendres pourraient peut-être étouffer l’affaire ?

6 réactions
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Galdric |
zoomer
17/05/2010 | 19h48
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Servane |
zoomer
17/05/2010 | 20h14
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Etienne |
agitateur
17/05/2010 | 21h34
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Clarisse |
zoomer
17/05/2010 | 21h48
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David |
zoomer
18/05/2010 | 02h07
Réagissez !Bond Clotilde Bond…
L’amende de 250 000 euros est déjà assez énorme à imaginer ! Mais je ne peux m’empêcher de penser que Clotilde Reiss aurait pu être une copine de fac et je me réjouis juste de son retour libre en France !
Après, il y aura toujours Panoudu65 et MamieJacotte73 pour émettre des doutes dans des situations d’otages toujours très opaques ! http://www.lexpress.fr/actuali.....92566.html
J’ai partagé les bancs de la fac avec Clotilde. Je ne la connais pas très bien. Je peux dire, cependant, que sa famille est assez discrète. Je crois qu’il n’y a pas eu de grand déballage comme Sarkozy l’affectionne principalement à cause de cela.
Pour ce qui est des contreparties, il semble évident qu’il y en ait eu. D’abord parce que l’assassin de Chapour Baktiar s’est envolé pour l’Iran le 5 mai et que Clotilde est arrivé en France le 15… Troublant non?
Après, pour ce qui est du reste, que dire? Je crois qu’on entre dans le monde trouble du renseignement (de la barbouzerie), autrement dit,là où il n’y a plus de certitude…
je voudrais ajouter; qu’il est aussi possible enfin que notre Président, avec son courage habituel, sentant le dossier « pourri » ait fait le choix de ne pas se mettre en avant (très bizarrement).
@Etienne, évidemment qu’il ya eu marchandage jsuis d’accord ac toi.
Petite précision, l’assassin de Shapour Bakthiar, Ali Vakili Rad n’a pas été libéré le 5 mai (tu confonds ac l’ingénieur), il est toujours emprisonné en france actuellement, mais la signature d’un arrêté d’expulsion le concernant alimente les soupcons.
@servane : ba alors t’es pas d’accord avec Mamiejacotte73 ?
@Clarisse
En tout cas la polémique de ses liens avec les renseignements est au moins révélateur d’une chose : leur pénétration dans le milieu universitaire qui amène à tort ou à raison à trouver ça crédible… Quoiqu’il en soit, à écouter LCI, on n’est plus vraiment dans la polémique, l’affaire semble tranchée mais personne ne veut se mouiller. Et pour cause, si cela s’avérait être vrai, c’est quand même une bonne partie des accusations de la justice iranienne qui s’en trouverait justifiée…
@Etienne
@Servane
Effectivement, j’en connais quelques unes qui sont sans doute très heureuses aujourd’hui de pouvoir la retrouver. Un pur produit Paris 1 cette petite, Welcome back home !