chroniques

Zapiro, portrait d’un désenchanteur

  • Auteur : David
  • Rubrique : Blog, culture, zoom libre
  • Date : 15/06/2010 09h57
  • Réactions : 3 commentaires

Alors que l’Afrique du Sud poursuit sa très efficace politique de communication à l’égard du monde, son plus célèbre caricaturiste n’en finit pas de nous faire revenir les pieds sur terre. Zoomons donc sur Zapiro, ce désenchanteur de la politique.

Né en 1958 au Cap, Jonathan Shapiro n’en finit pas de faire parler lui dans son pays, depuis qu’il est devenu le principal opposant du président Jacob Zuma. Auteur de plusieurs livres diffusés dans le monde entier dont le Da Zuma Code et  Mandela Files, Zapiro décortique et nous donne à voir une Afrique du Sud et un monde auxquels nous ne sommes pas toujours habitués…

Une vie de dissidence ?

Le parcours de Jonathan Shapiro est celui d’un homme exigeant qui finit toujours par se retrouver en rupture avec son monde. Déjà à la très élitiste UCT il remettait en cause la qualité de sa formation d’architecte et quitta les bancs de la fac pour rejoindre l’École des beaux arts Michaelis. Plus tard, lors de son service militaire, il refuse de porter les armes, joue les objecteurs de conscience et se place en rupture avec le régime de l’apartheid. Aussi, de retour à la vie civile, il rejoint l’United Democratic Front, parti anti-raciste et se réclamant ouvert à tous. Par ailleurs, celui-ci défend le primat de l’identité civique sur celle de la race. Or, dès 1988, Jonathan Shapiro rejoint l’ANC soutenant donc formellement le renversement du régime par les armes.

© Zapiro

Il n’en est pas moins qu’une fois l’ANC au pouvoir il refuse toujours la racilisation de la vie politique Sud-africaine alors que la légitimité revendiquée par beaucoup de leaders politiques repose sur le fait qu’ils soient noirs. Jonathan s’éloigne donc rapidement de l’élite dirigeante tout autant d’ailleurs qu’il en est écarté. La rupture est définitive depuis l’élection de Jacob Zuma.

Zapiro et la politique

Cette exigence intellectuelle, on la retrouve dans le travail d’artiste de Zapiro. Formé auprès des cartoonists new-yokais, ses dessins sont intransigeants et justes. D’abord auteur pour des magazines contestataires, la carrière de Zapiro décolle en 1994 avec la fin de l’Apartheid. Auteur pour le Sowetan, Zapiro devient progressivement un incontournable des principaux journaux Sud-africain à l’image de Mail and Guardian, du Sunday times ou du Cape Times.

© Zapiro

Anticlérical à coup sûr, Zapiro parle du monde et de son monde. Plus que de jouer les vigiles populistes de la démocratie, il montre les ressorts des régimes fascisants et de leurs hommes politiques. De Sarkozy à Obama en passant par Deng Xiaoping, c’est à l’actualité internationale qu’il donne une autre dimension, depuis sa métropole – parfois surréaliste – du bout du Monde qu’est Cape Town. Ultime défiance, c’est dans le vieux quartier malo-musulmans de Bo’ Kaap qu’il a installé son atelier d’où il observe et faire part aujourd’hui envers Zuma et l’ANC de la même sévérité dont il faisait preuve envers l’Apartheid.

© Zapiro

Alors que Zuma fut accusé de viol et couvert par la justice et l’ANC et qu’il a déclaré s’être protégé du SIDA en ayant pris une douche après son rapport, Zapiro fulmine. Chaque accusation diffamation porté par Pretoria à son égard est suivie d’une nouvelle insolence, plus acerbe, plus violente et plus juste. Après avoir été emprisonné sous le régime l’apartheid, il a failli bien l’être de nouveau sous celui de la Rainbow Nation… Or il semble que Zuma change d’attitude face à son adversaire.

La caution démocratique ?

Zapiro, fou du roi comme le titrait Le Monde ? Peut-être. Du moins, le gouvernement sud-africain essaie bien de faire de sa « tolérance » envers les attaques de Zapiro sa caution démocratique. À défaut de pouvoir y faire face, Zuma et son clan tentent de les noyer dans le flot-prétexte de la banalité de la libre critique. Mais au-delà de cette habile manœuvre politicienne, peut-être que le principal adversaire de Zapiro est cette image-promesse qu’est l’Afrique du Sud et qui fait que l’on ne veut pas toujours voir ce qu’il excelle pourtant à nous montrer.

source : Vimeo.
source : Vimeo.

à propos du zoomer

David
Prof' et jeune chercheur, auteur d'articles aussi éclectiques qu'improbables, je reste fidèle à l'adage de mon vieil ami Denis: "mes pensées, ce sont mes catins". Assiette-trotteur, anthropologue de cuisine, hédoniste option gastronome de confession ma chronique gastronomique nous propose de voir le monde par le petit bout de la fourchette.

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3 réactions

  1. Le Plume | visiteur 15/06/2010 | 11h16

    Oh lui, eh, il a que le dernier recueil!

    Très intéressant de se replonger dans ceux de la période de transition (ça tombe bien, je peux les atteindre sans me lever depuis le canapé du salon), qui le montrent en partisan à la fois enthousiaste et critique du nouveau gouvernement ANC. S’il attaque volontiers la frange populiste de l’ANC, représentée notamment par Winnie Mandela à l’époque de la transition et Jacob Zuma aujourd’hui, il est également impitoyable pour les anciens dirigeants NP, dont il dénonce sans cesse l’hypocrisie.

    Il est clair en tout cas que si le conflit qui l’oppose à J. Zuma a mis sur la place publique les critiques de Zapiro à l’égard du pouvoir, elles étaient déjà là avant: cf. par exemple ses dessins concernant la femme de Jacob Zuma, ministre de la santé à la fin des années 90, qui s’était distinguée en encourageant le financement de recherches « alternatives » pour ne pas dire bidon sur le traitement du SIDA. C’est d’ailleurs cette connexion qui a rendu célèbre l’épisode de la douche de Jacob Zuma…

    (Bon, faut que j’arrête de faire des commentaires aussi longs que les articles, moi!)

  2. David | zoomer 15/06/2010 | 12h15

    Ce n’est définitivement pas la taille qui compte quand ils sont aussi intéressants!

  3. Le Plume | visiteur 16/06/2010 | 01h12

    Je projetais de vastes développements sur le thème « qui est désillusionné », etc. sur mon blog. Mais il est beaucoup trop tard et j’ai sommeil; je me suis donc contenté des quelques phrases habituelles et d’une photo des Cape Flats.

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