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Les organisations régionales pour les nuls – l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est

  • Auteur : Boris
  • Rubrique : Blog, monde, zoom libre
  • Date : 21/07/2010 10h00
  • Réactions : 2 commentaires

Alors que la rencontre annuelle des ministres des affaires étrangères de l’ASEAN s’achevait hier et que s’apprête à s’ouvrir le Forum régional de l’organisation, revenons cette semaine sur l’une des plus importantes organisations régionales : l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, l’ASEAN.

La troisième voie

Fondée en 1967 par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, l’ASEAN est un véritable produit de la Guerre froide même si, contrairement à une institution comme l’Organisation des Etats américains, elle chercha à s’en échapper. L’Association se développa d’ailleurs parallèlement au Mouvement des non-alignés ; l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande participant déjà à la conférence de Bandung en 1955.

Expression de la troisième voie, de ce tiers monde souhaitant exister face aux grandes puissances internationales, l’ASEAN reprit les principes du neutralisme et de la coexistence pacifique chers à Nehru afin de garantir la croissance et le développement de la région par la coopération économique, sociale, culturelle et scientifique. Rejetant tout à la fois les tentatives d’incursion communistes et l’impérialisme occidental et inquiets de la situation vietnamienne, les membres de l’ASEAN allèrent plus loin avec la déclaration de Kuala Lumpur de 1971 proclamant la neutralité de la région et l’indépendance face aux blocs.

Exister…

Véritable source de son existence sur la scène internationale, cette insubordination aux puissances du Pacifique reste encore aujourd’hui son leitmotiv. Face aux puissances politiques et économiques mondiales – États-Unis, Europe et Chine en tête –, l’ASEAN permet aux Etats membres de se présenter en interlocuteurs crédibles en jouant la carte de la solidarité régionale.

S’appuyant sur le dynamisme économique des quatre tigres asiatiques et du dragon singapourien, l’ASEAN prit encore plus de poids après 1989 et le retrait de l’armée vietnamienne du Cambodge. Plus qu’une simple association de coopération, elle se dote en 1994 d’un forum pour les questions de sécurité – le Forum régional de l’ASEAN, l’ARF –, elle se pose en partenaire privilégié du pacifique au sein de l’organisation intergouvernementale de Coopération économique pour l’Asie-Pacifique – l’APEC –, elle réunit à partir de 1997 autour d’elle la Chine, la Corée du Sud et le Japon au sein du groupe ASEAN Plus Trois, elle crée en 2002 une zone de libre-échange – l’AFTA – à la manière de la CEE, et s’ouvre à de nouveaux membres attirés par son dynamisme, Brunei en 1984, le Vietnam en 1995, le Laos et la Birmanie en 1997 et le Cambodge en 1999.

La réunion des ministres des Affaires étrangères des 19 et 20 juillet derniers montre bien l’émergence de cet acteur politique régional qui n’hésite plus à se saisir de questions aussi délicates que les élections en Birmanie et que le nucléaire Nord-Coréen. Sans doute le sommet de l’ARF de la fin de la semaine devrait-il servir d’entremetteur à la reprise des pourparlers à six – Corée du Nord, Corée du Sud, États-Unis, Chine, Japon et Russie.

… dans l’ombre chinoise

Tant de réussite ne doit pourtant pas faire oublier l’importance du voisin chinois et de sa puissance diplomaticoéconomique. Car si les années 1990 ont vu une forte croissance des pays d’Asie du Sud-Est, celle de la Chine est au moins aussi impressionnante et son potentiel bien plus élevé. Son impérialisme économique est aujourd’hui mondial et l’ASEAN ne sera pas ce petit village asiatique résistant encore et toujours à l’envahisseur. La création du groupe de négociation ASEAN Plus Trois démontre tout à la fois l’émergence d’un acteur économique qui compte, l’ASEAN, et la volonté chinoise de contrôler cet acteur et par la même ravir la place économique du Japon dans cette zone.

Et sans doute, l’accord-cadre de 2002, visant la création d’une zone de libre-échange entre la République populaire et l’Association à l’horizon 2015, semble acter cette avancée chinoise rendant aphone la troisième voie du Pacifique.

Source : Flickr
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à propos du zoomer

Boris
Passionné de voyages et des cultures du monde, je suis spécialiste de relations internationales et m’intéresse tout particulièrement à la politique étrangère des Etats-Unis. Zoomer international, j’assure la chronique monde.

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2 réactions

  1. celeste | agitateur 21/07/2010 | 12h37

    « l’émergence de cet acteur politique régional qui n’hésite plus à se saisir de questions aussi délicates que les élections en Birmanie et que le nucléaire Nord-Coréen. » : je ne serais pas si dithyrambique quant à l’engagement politique de l’Asean dans sa région.

    Tout d’abord, un des principes fondateurs de l’Asean, c’est la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays membres. Un pays a juste à brandir le carton rouge quand il trouve qu’on se mêle trop de sa politique intérieure et, et hop l’Asean n’a plus rabaisser son caquet.

    En ce qui concerne ses relations avec la Birmanie, l’Asean a appliqué une politique dite de « l’engagement constructif ». Ce terme vaseux définit une stratégie selon laquelle l’avancée démocratique peut se faire par le dialogue et la coopération économique plutôt que par une politique de sanction visant à isoler la junte. Mais l’Asean a surtout toujours plus ou moins fermé les yeux sur la Birmanie sous couvert de la sacro-sainte non-ingérence.

    C’est seulement en 2007, après la « révolution de safran » (manifestations lancées par les moines suite à l’augmentation du prix de l’essence et du gaz naturel), que pour la première fois l’Asean a critiqué ouvertement la Junte. Il était en effet difficile pour l’Asean de rester muet sur la situation, après la diffusion à travers le monde des images de la répression sanglante opérée par la junte.

    Si l’Asean s’engage plus aujourd’hui à propos de la Birmanie, ses appels a la libération d’Aung San Suu Kyi et à la tenue d’élections libres et inclusives restent bien souvent des déclarations de principe.

  2. Boris | zoomer 21/07/2010 | 14h24

    @ Celeste : le constat que tu fais, et que je partage, n’a rien de contradictoire avec ce que je dis. Tu confonds là tes aspirations pour la Birmanie et l’intérêt politique de l’ASEAN.
    La mollesse que tu décris est une attaque un peu facile et très moralisatrice. La diplomatie, notamment avec l’un de ses partenaires privilégiés, ne peut se concevoir comme une relation verticale et la non-ingérence est le principe fondateur d’organisation de ce type. Et la nature des régimes des Etats membres n’a d’ailleurs que peu d’importance dans notre constat : l’ASEAN est acteur politique du Pacifique et de la scène internationale qui compte et que les grandes puissances, Chine en tête, cherchent à contrôler.

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