Huit ans après sa naissance, l’Union africaine – UA – organisa à Kampala du 19 au 27 juillet 2010 son 15e sommet résumant à lui seul l’histoire d’une organisation et d’un continent toujours hanté par ses vieux démons. Alors que les tiraillements et les rivalités eurent raison du confédéralisme africain, l’UA chercha à jouer les grands en rendant à l’Afrique sa fierté et sa dignité, dénonçant, une fois n’est pas coutume, l’attitude paternaliste occidentale.
Le panafricanisme, une voie divine vers l’indépendance
Annoncée par le Messie, l’Organisation de l’unité africaine – OUA – fut mise en place en 1963 par 32 États bientôt rejoints par l’ensemble des pays africains. Ce fut, en effet, Ras Tafari en personne, Hailé Sélassié Ier Roi des Rois d’Éthiopie, qui fut à l’origine du projet panafricain qui installa son siège à Addis-Abeba. Cherchant à libérer le continent de tout impérialisme, il prôna l’unification comme voie vers l’indépendance.
Mais si Hailé Sélassié était le messager de Dieu pour la communauté rasta à travers le monde, le continent africain n’adopta pas son projet fédéraliste intégrateur et se tourna vers la coopération interétatique défendue par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ce ne fut qu’en 2000 que l’organisation africaine relança l’idée d’intégration avec la création de l’UA dont l’Acte constitutif réaffirme l’unité et l’indépendance continentale.
Et quelques décennies après les grandes vagues de décolonisation, la bataille pour l’indépendance reste encore et toujours centrale dans la politique unioniste africaine. Ainsi en 2004, l’UA dénonça dans son Plan stratégique les réminiscences colonialistes et en appela à l’indépendance de l’Archipel des Chagos, de Sainte Hélène, des Canaries, des Açores, de Madère, de La Réunion, de Mayotte, de Ceuta et de Melilla. Dans le même esprit, les États africains rejetèrent unanimement lors du dernier sommet de l’UA la légitimité des mandats d’arrêt internationaux délivrés par la Cour pénale internationale à l’encontre d’Omar El Béchir, le président soudanais en exercice. Pas de second Charles Taylor.
Invictus
Marre donc de ces donneurs de leçons d’Europe et d’ailleurs ; l’Afrique est le maître de son destin. Depuis son incarnation, le panafricanisme cherche le développement économique et la pacification du continent. En juillet 2001, l’OUA – et bientôt l’UA – chapeauta le lancement du NEPAD – le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique – dont le but avoué, et un brin ambitieux est de combler le fossé économique entre l’Afrique et le reste du monde. Malgré sa récente invitation au G8 et sa participation au G20, on voit aujourd’hui mal comment le NEPAD pourrait arriver à ses fins alors que l’économie africaine reste sous tutelle occidentale et maintenant chinoise.
Qu’à cela ne tienne le continent assurera sa pacification ! Le sommet de Kampala fut ainsi l’occasion de rappeler que l’Afrique est un continent responsable. Alors que l’UA dut se résoudre à en appeler à la communauté internationale dans la gestion de la guerre civile au Darfour – les 9 000 soldats de l’Union sont aujourd’hui rejoints par 9 000 soldats sous mandats de l’ONU –, elle décida de ne plus se laisser déborder et annonça le renforcement des forces de pacification en Somalie, 2 000 hommes devraient ainsi rejoindre les 6 100 déjà en faction dans le pays.
Iznogoud est africain
Véritablement, l’UA cherche à donner à l’Afrique un rôle d’envergure internationale, rôle qu’on lui a trop longtemps refusé. Et sans doute le président libyen, Mouammar Kadhafi, a-t-il dans son délire mégalomaniaque une telle ambition pour le continent. Ainsi fut-il à l’origine de la création de l’UA et pousse-t-il l’organisation vers le fédéralisme à travers son projet d’États-Unis d’Afrique.
Mais si l’autoproclamé Roi des Rois traditionnels d’Afrique fut élu à la tête de l’UA en 2009, le sommet de Kampala fut un véritable retour de bâton, les hommes forts de l’organisation se liguant pour écarter le président libyen et son dessein. Le premier ministre éthiopien et président du NEPAD, Mélès Zenawi, fut ainsi le principal opposant à l’influence libyenne au sein de l’UA. Les États-Unis d’Afrique furent ainsi rapidement évacués du débat, et ce malgré l’empressement du colonel libyen. Déjà Guide de la grande révolution libyenne, Kadhafi n’aura pas réussi à ravir le titre de Roi des Rois à Hailé Sélassié…
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