La victoire de l’ordre moral
Et la question mérite d’être posée quand la rédaction du Time a volontairement choisi d’aller à l’encontre du vote des internautes qu’ils venaient de solliciter et qui avaient choisi un autre enfant du web, Julian Assange, comme héros de l’année 2010. Bien plus présentable que ce pirate australien, Zuckerberg symbolise la victoire de l’ordre moral estampillé USA. L’article du Time annonçant l’heureux élu n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler le très ennuyeux The Social Network qui tentait déjà de nous convaincre de la vertu du trombinoscope sur fond de success story hollywoodienne. Wikileaks et son idée de la libre circulation de l’information n’ont qu’à aller se rhabiller face à la troisième puissance démographique mondiale et ses quelques 550 000 millions d’usagers-fichés volontaires guidés par les joyeux censeurs du réseau.
Et pendant ce temps là ici et ailleurs…
A croire que rien de bien important ne s’est passé dans le monde cette année comme le suggérait déjà la nomination du fondateur d’Amazon.com, Jeff Bezos, en 1999 ou de « You » (comprendre la cybercommunauté) en 2006.
Et ce dénie de réalité après une année marquée par des évènements à portée mondiale, comme la marée noire du Golfe du Mexique, le séisme en Haïti, la Coupe du monde de football, l’exposition universelle de Shanghai, les regains de tensions en Corée et bien d’autres, pose problème de la part d’un journal aussi important que le Time devant bien au contraire informer les lecteurs des réalités parfois brutales d’ici et d’ailleurs. Mais où est donc passée l’audace éditoriale de 1938 dénonçant Munich par la consécration d’Hitler ou de 1970 applaudissant déjà l’Ostpolitik de Willy Brandt. N’y a-t-il plus rien d’autre à encourager ou à dénoncer que Facebook ou Amazon ?
Une certaine idée du monde…
Et sans doute cette nomination reflète-t-elle le nombrilisme exacerbé de la société américaine du 21ème siècle. Mais doit-on s’en étonner lorsque l’on sait que sur les 84 personnalités distinguées par le Time depuis 1927, 53 sont américaines et qu’au cours des vingt dernières années seuls quatre lauréats furent étrangers. Avec Zuckerberg, c’est l’American way of life triomphant qui est récompensé aux sons vieillots du rapprochement entre les peuples… riches, cela s’entend. Car si Facebook est international, il n’en est pas pour autant mondial et reste la lubie d’une société bourgeoise engraissée soumise aux barrières politiques et économiques dressées autour du globe.




1 réaction
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Mao |
agitateur
25/12/2010 | 18h11
Réagissez !Autant je n’aime pas Time magazine qui est, comme tu le soulignes justement, américano-centré et a mon sens plus proche de Paris Match que d’un vrai magazine d’information, mais de mon cote, au dela du fait que je trouve que The Social Network est un film assez fin, le choix de Zuckerberg montre une evolution de société.
Bezos c’était le e-commerce, ou comment faire de l’argent du internet. C’est effectivement la société de consommation, et c’est toujours la « société bourgeoise engraissée », mais c’est un changement fort.
En tant qu’expat, Facebook change ma facon de communiquer, c’est clair, et me simplifie la vie. D’autres outils sont tous aussi utiles, comme Google, Gmail ou linkedin. Pour les journaleux de Zoomout, Twitter est du pain béni j’imagine. Zuckerberg est clairement le VISAGE de cet état de fait.
Donc, voyant les velleites hegemonique des FB sur ma vie privée, je dois peut etre avoir peur de Zuckerberg (c’est vrai qu’il est effrayant sur la couverture de Time), mais l’impact de son entreprise est la pour durer (enfin je crois, je ne suis pas Nostradamus).