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Cherche pas, t’as tort

Les lubies décentralisatrices n’auront décidément jamais le vent en poupe dans notre beau pays jacobin. La France est en crise, il faut rationnaliser, il faut économiser… Discours populiste qui se couple à un autre contre la recherche en sciences sociales. La victime est ciblée, elle sera nantaise !

Une nouvelle victime de la délocalisation

L’expérience décentralisatrice des années 1990 avait envoyé une partie des archives du Quai d’Orsay – les archives diplomatiques – à Nantes. Effet heureux pour la ville et sa région, les activités de recherches en furent dynamisées et l’Université de Nantes compte aujourd’hui l’un des laboratoires de recherche dédiés à l’histoire des relations internationales (CRHIA) les plus réputés en France et au-delà puisque de nombreux chercheurs étrangers y viennent pour poursuivre leurs travaux.

Mais pourquoi alors décider de rapatrier ces archives dans le nouveau bâtiment de la Courneuve en région parisienne ? Sans doute l’idée d’un énarque en colère d’avoir dû se déplacer à Strasbourg pour terminer ses études. Mais voilà les raisons économiques invoquées par le gouvernement en vue de ce transfert sont – outre leur manque de vision à long terme – tout ce qu’il y a de plus cyniques et sous-tendent une critique utilitariste de la recherche en sciences sociales.

De la recherche utilitaire

Avions-nous été assez naïfs pour croire les discours d’un Nicolas Sarkozy en campagne  en faveur du développement de l’université et de la recherche? de croire Madame Pécresse quand à la dynamisation régionale de celles-ci ? Certes non mais la surprise est grande lorsque le quai d’Orsay décide de mettre à mal un pôle fonctionnel et performant. Mais qu’est-ce que la performance dans ces domaines de recherche ? Se résume-t-elle, comme le pense notre président, à une applicabilité immédiate et à une rentabilité économique certaine ? Si elle ne peut déjà pas se limiter à cela en sciences exactes, cette vision utilitariste de la performance rend dérisoire l’idée même de sciences sociales.

Et sans doute la création de l’Agence Nationale de la Recherche en 2005 fut le premier signe inquiétant – et non des moindres – de cette dérive politique. Cette agence délivre, en effet, ses budgets en fonction des projets de recherche et selon des directives politiques bien souvent soumises à l’air du temps. Le nouveau programme triennale 2011-2013 définit ainsi trois axes prioritaires de la recherche française : le premier dédié à la Santé, le bien-être, l’alimentation et les biotechnologies, le deuxième à l’urgence environnementale et l’écotechnologie et le dernier à l’information, la communication et les nanotechnologies… Tout un programme dans lequel les sciences sociales auront bien du mal à trouver leur place.

L’illusoire défense pétitionnaire

Alors que faire de cette recherche nantaise décentralisée et sans grand intérêt électoraliste. A la réponse gouvernementale, les chercheurs désarmés organisent une protestation quasi-silencieuse malgré leur nombre. Réunissant quelques 1300 chercheurs à ce jour, la pétition contre cette délocalisation économico-politique aura-t-elle un impact suffisant ? L’évolution inquiétante de ces dernières ne semble pas encourager à penser que oui. Et au-delà de Nantes, d’autres villes et régions pourraient être touchées, faisant de la recherche et du dynamisme universitaire un privilège parisien élitiste…

Chercheurs

à propos du zoomer

Boris
Passionné de voyages et des cultures du monde, je suis spécialiste de relations internationales et m’intéresse tout particulièrement à la politique étrangère des Etats-Unis. Zoomer international, j’assure la chronique monde.

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