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Junte Birmane et géant de l’énergie chinois // Qui a la plus grande gueule ?

Le 30 septembre, le gouvernement militaire Birman a decidé de suspendre le projet de barrage Myitsone financé par la Chine. Selon le président Thein Sein, le gouvernement a mis un temps d’arrêt au projet afin de: “Respecter la volonté du peuple puisque notre gouvernement est élu par le peuple ». J’ai comme un doute…

En mai 2006, le régime birman et l’entreprise publique chinoise Power Investment Corporation ont signé un contrat d’exploitation des concessions hydrauliques du fleuve Irrawaddy, cours d’eau qui prend sa source dans l’Himalaya,  s’étend sur 2, 170 km et traverse le pays du nord au sud.

La jugulaire birmane

Le fleuve est donc à la fois une route de transport vitale à l’activité commerciale de toutes les régions qui le bordent, un axe de communication, une source de revenus et de subsistence pour les populations locales. Le fleuve et ses rives sont aussi le sanctuaire de l’abondante faune et flore du pays.

Ce projet de barrages hydrauliques chinois n’est pas, on s’en doute, la première étape dans l’exploitation des ressources de la région. C’est l’effet d’accumulation qui a pousssé de nombreuses ONGs de défense des droits de l’homme et de protection des ressources naturelles à initier un mouvement de contestation à travers tout le pays.

Les ONGs et le mouvement d’Aung San Suu Kyi (figure de l’opposition non-violente à la dictature birmane) dénoncent l’absence de prise en considération des besoins des populations locales et de la fragilité des écosystèmes environnants lors de la construction de ponts sur les rives du fleuve. L’érosion s’est en effet accélérée en contrebas des ponts et à la formation de bancs de sables qui rendent eux-mêmes certains tronçons impraticables. Ces ponts sont aussi des moyens de communication vitaux aux activités d’exploitation forestière et des mines de charbon. D’ailleurs, selon les groupements environnementaux, cette exploitation accroît dangereusement le risque de déforestation.

Un projet chinois pour les chinois

Le projet comporte la construction de 7 barrages dans l’État du Kachin. Ils devraient avoir la capacité de générer 13 GWh d’électricité  par an, pour être exportés vers la Province chinoise de Yunnan. Le barrage de Myitsone, qui a déjà entrainé le déplacement de presque 22 000 habitants dont l’indémnisation n’est pas encore garantie, deviendra la quinzième plus grande centrale hydroélectrique du monde.

À travers une lettre ouverte au gouvernement, Aung San Suu Kyi a demandé aux autorités de réexaminer ce projet de 3,6 milliards de dollars soutenu par le géant chinois de l’énergie China Power Investment Corp, soulignant « la nécessité de protéger l’Irrawaddy ».

C’est alors que le gouvernement birman, certainement sujet à des désaccords sur ce projet phénoménal, a annoncé publiquement l’arrêt des travaux et la suspension du projet jusqu’en 2015, date de livraison initiale. Les chinois ne semblent pas vraiment apprécier la nouvelle, comme le montre cette vidéo, et on les comprend… Plusieurs milliards d’euros sont en jeu.

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Il semble qu’il sera assez difficile pour la junte birmane de maintenir sa position, sachant qu’une grande partie de l’économie est pieds et poings liés à la demande chinoise. Cet événement, dont nous n’avons pas encore toutes les clefs de lecture, est cependant un signe que certaines choses, peut-être, évoluent dans les objectifs des dirigeants birmans.

Quelque chose me dit que les travaux vont bientôt reprendre…

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à propos du zoomer

Ada
Passionnée d’écologie politique, je compte bien soulever des questions pertinentes qui sortent de l’ordinaire sur la gestion de nos si précieuses ressources. La chronique écologie nous fera voyager sur tous les continents, mais mon intérêt profond pour l’Afrique risque de lui donner un petit avantage… Mes articles ne sont cependant qu’un point de départ, à vous tous d’en faire une mine d’idées et d’animer le débat.

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1 réaction

  1. celeste | agitateur 19/10/2011 | 16h31

    Mais qu’est ce qui a bien pu pousser le gouvernement birman à suspendre la construction de ce barrage ?

    Tous ces projets de barrages qui menacent de céder le contrôle d’une des plus précieuses ressources naturelles de la Birmanie à la Chine ont fait naître une frustration chez les birmans : leur pays ne serait plus qu’une province chinoise, exacerbant ainsi un sentiment anti-chinois déjà bien ancré.

    C’est pourquoi les birmans ont exprimé leur indignation sur cette double inquiétude (la préservation du fleuve Irrawaddy et la domination accrue de la Chine). Au moment où elles tentent de projeter une image de réforme et de stabilité auprès du monde extérieur, la dernière chose que veulent voir les autorités birmanes c’est bien l’eclatement de protestations publiques. Est-ce que le gouvernement de Thein Sein a donc pris la décision de suspendre la construction du barrage Myitsone sous la menace de l’éclosion d’un mécontentement populaire en Birmanie ?

    C’est probable, mais ce n’est sûrement pas l’unique raison. Il paraît très surprenant que le gouvernement birman renonce à ce partenariat fructueux au nom de la volonté du peuple.

    Peut-être le gouvernement ressent-il aussi un profond malaise concernant sa dépendance aussi bien économique que diplomatique envers Pékin. Aussi puissante et riche que soit la Chine, sans l’appui de l’occident, de la population birmane ou des voisins asiatiques, il est de plus en plus difficile pour les autorités birmanes d’avoir affaire à elle.

    Les facteurs explicatifs sont donc sûrement multiples et toujours obscurs (il ne fait jamais chercher de raisons logiques à ce qui est entrepris pas par ce régime). Au même titre que d’autres signes d‘ouverture apportés par le gouvernement depuis quelques mois, la question est de savoir si ces avancées seront DURABLES et IRREVERSIBLES.

    S’agit-il d’une réelle volonté de réforme ou seulement d’une campagne de marketing visant à crédibiliser le nouveau gouvernement auprès de la communauté internationale ?

    L’avenir nous le dira, mais il faut maintenir la pression!

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