Pour une fois sur ce genre, la fiction française est bien plus convaincante que le blockbuster américain. Plus convaincant mais aussi plus réaliste que le film de Clooney, Schœller pousse les portes d’un monde secret, glaçant où la tension et le stress sont palpables dans chaque plan.
Au cœur du pouvoir
Pour son deuxième film, Pierre Schoeller place l’action au cœur du cabinet du ministre des Transports, Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet) entouré de son fidèle directeur de cabinet (Michel Blanc) et de sa conseillère en communication (Zabou Breitman).
Avec Pater, L’exercice de l’État enfonce un nouveau clou chirurgical dans un cinéma français souvent sage avec la classe dirigeante. À la façon des thriller politiques des années 70 (Les trois jours du Condor, Les hommes du président), L’exercice de l’État captive et s’inscrit dans l’air du temps en proposant une vision juste, ni idéalisée ni caricaturée, des hommes et des femmes qui constituent notre gouvernement.
Infiltrer les coulisses du pouvoir, capter la rédaction d’un discours écrit à la hâte par la directrice de com à l’arrière d’une voiture, filmer la récupération d’un accident d’un car scolaire pour créer une « séquence émotion »… Même si cette vérité n’était plus à prouver, le spectateur devient le témoin que la communication calibrée et l’ambition démesurée ont pris le pas sur les questions politiques de fond. Cette façon de démonter les mécanismes du pouvoir rappelle les meilleures fictions politiques américaines.
Cette immersion, façon caméra cachée, au cœur des luttes de pouvoir entre ministères donne la sensation d’accéder à une réalité que le peuple ne peut que soupçonner ou fantasmer.
Ces serviteurs de la nation
Mais ce qui intéresse avant tout Pierre Schœller, c’est l’étude de caractère et des comportements de celles et ceux qui incarnent cet exercice du pouvoir.
Dès le début du film, comme pour montrer que l’état ne dort jamais, le ministre des transports (un poste peu médiatisé) est réveillé en pleine nuit par un coup de fil qui lui annonce un accident tragique. Puis à partir de cet évènement on découvre tout le « bestiaire » qui entoure l’homme. Ces serviteurs de la nation qui se côtoient au quotidien et qui sont parfois unis par l’amitié devront un jour ou l’autre finir par s’affronter, se broyer et renier leurs convictions s’ils veulent grimper les marches du pouvoir.
Encore une fois, pour mieux analyser les comportements d’une profession plongée en permanence dans l’urgence, le film introduit tardivement le personnage de Martin Kuypers. Martin est un chômeur en réinsertion qui devient le chauffeur du ministre. Interprété par un acteur non professionnel, le réalisateur projette habilement la représentation du peuple à travers ce chauffeur et sa femme pour incarner au mieux les sentiments de confusion et de révolte qu’on éprouve envers une classe politique trop souvent éloignée de la réalité.
L’exercice de l’État réussit à se faire l’avocat du diable et au final, il n’est jamais question d’un bord politique ou d’un autre. Car comme l’affirme Olivier Gourmet : « Qu’on soit de gauche ou de droite, l’adrénaline du pouvoir est la même, la chimie est semblable ».
La bande annonce
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