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Chronique ciné // Intouchables

Bien partie pour être le champion du box-office français de cette année, la quatrième comédie du duo Toledano-Nakache devient donc ce qu’on appelle un phénomène de société. Pourquoi un tel engouement populaire ?

Un feel-good movie…

Intouchables raconte avant tout une « bromance » (amitié masculine) à priori improbable entre un riche bourgeois tétraplégique et un jeune banlieusard. La sympathie du film est garantie par la complicité entre François Cluzet et Omar Sy, très palpable à l’écran, et qui s‘installe dès les premières scènes. Loin de toutes les comédies françaises honteuses, c’est un feel-good movie plutôt réussi qui évite le pathos (le handicap y est banalisé et jamais larmoyant). Certaines répliques font mouche et on se prend d’affection pour ce tandem attachant qui va apprendre l’un de l’autre. On y retrouve la recette-type d’une comédie populaire qui fonctionne souvent sur l’union des contraires, souvent source de bons gags et de bons sentiments.

… un peu trop simpliste

Ce calibrage parfait révèle une évidente démagogie dont les raisons du succès sont au fond assez sournoises : le film veut prôner la réconciliation entre les différentes couches de population. En ces temps de clivage social, Intouchables arrive donc à point nommé pour séduire le public français. En capitalisant à fond sur la sympathie de ces deux personnages antagonistes, le film se voudrait surtout humaniste, porteur d’une certaine utopie sur l’abolition de la lutte des classes. Mais le problème réside dans le portrait simpliste et dans les raccourcis artificiels sur la bourgeoisie. Sous le prétexte de la caricature, le film se sent obligé de railler l’intellectualisme (voire tout le discours franchement beauf sur l’art contemporain et l’opéra) pour mieux faire l’éloge de la richesse et du matérialisme : ah, quel bonheur de pouvoir profiter d’une baignoire de luxe, d’un jet privé et pratiquer des sports extrêmes !  Concernant la banlieue, le film ne fait qu’insister sur la difficulté pour les jeunes de banlieue à ne pas se laisser tenter par la délinquance. C’est vrai, mais le film s’en sert avec une telle pauvreté dans la réflexion, animé par la seule ambition de flatter le public, qu’il laisse finalement un goût amer. Rien de méchant dans tout ça, Intouchables reste un honorable divertissement bien calibré, mais on est en droit de penser qu’un tel triomphe populaire n’est pas forcément réjouissant car il est le reflet d’une société française ayant besoin de croire en un idéal impossible.

La bande annonce

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Viggy

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