Alors que le parti écologique négocie avec le parti socialiste une alliance lors des prochaines législatives, le débat se fossilise sur la construction de l’EPR de Flamanville dans le Cotentin. Ce réacteur qui devait couter 3 milliards d’euros en a déjà couté 6 et ne sera pas livré avant 2016 (alors qu’il était prévu pour 2012).
Les pieds dans le débat, Henri Proglio, PDG d’EDF s’est empressé de nous rappeler que sans le nucléaire, la France vivrait dans l’obscurité. Plus d’un million de personnes (ndlr : la population active en France est de 25 millions) viendrait grossir les rangs des chômeurs, la facture d’électricité triplerait et l’activité économique serait tétanisée.
http://www.dailymotion.com/videoxm8h27Il ne fait aucun doute qu’en temps de crise, quand les marchés font tomber les États comme des dominos, brandir le spectre du chaos est une stratégie de survie habile. Son avis est celui du patron qui assure l’avenir de son entreprise, mais il est franchement conservateur. Survoltée, Cécile Duflot au micro d’Elkabbach explique les autres solutions.
http://www.dailymotion.com/videoxm8rs7Faux et conservateur
S’il est très compliqué de quantifier la création d’emploi liée à l’essor d’un secteur, comme celui des énergies renouvelables, il l’est d’autant plus dans l’évolution d’un secteur anciennement établi. C’est facile (et réactionnaire) de pointer du doigt l’Allemagne qui au lieu de décarboniser son mix énergétique en sortant du nucléaire d’ici à 2020, polluera plus avec du charbon et importera ses besoins électriques en énergie nucléaire made in France. Les deux affirmations sont fausses.
La construction de nouvelles usines à charbon en Allemagne est prévue pour remplacer des centrales existantes à basse efficacité, et le pays a investi massivement dans le solaire photovoltaïque. Le but est aussi de développer l’éolien au large de ses côtes, qui compenserait l’électricité nucléaire manquante. Enfin, l’Allemagne n’importera pas d’électricité nucléaire française en hiver car, contrairement à ce qui a été dit, la France n’est pas autonome et a importé en 2010 près de 7 GW d’ électricité.
Pourquoi ? Parce que nous avons le taux le plus élevé d’équipement en chauffages électriques sous prétexte que notre électricité n’est pas chère. Or le chauffage électrique est moins efficace, plus couteux et moins agréable que le géothermique, la biomasse ou le solaire. D’ailleurs, plus de 50% de nos besoins énergétiques dans l’Union Européenne sont destinés au chauffage !
Pendant ce temps là, le Danemark ou la Suède se chauffent pour 40% aux énergies renouvelables. L’Islande en est même à 100%… Combien d’électricité nucléaire ce genre d’aménagement nous permettrait d’économiser ? Les pro-nucléaires adorent brouiller les pistes, il n’ont bien sur pas mentionné ce petit détail de l’histoire…
Comment faire la transition ?
François Hollande a promis de passer de 75% à 50% d’électricité nucléaire mais il ferait mieux de s’interroger sur les vrais enjeux de ce changement. Le nucléaire n’est pas cher, sauf que 6 milliards d’euros ne me semblent pas rien, et que les priorités énergétiques doivent être plus claires. La France a le littoral le plus étendu d’Europe mais on rechigne à investir dans l’éolien et dans les énergies marines, trop coûteuses… Alors qu’elles pourraient devenir un vrai secteur de pointe, dynamique et durable.
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