Pour payer ses études et aider une mère absente et alcoolique, Lucy multiplie les petits boulots. Alors qu’elle parcourt les petites annonces, elle intègre un réseau obscur de vieux libidineux friqués qui paient pour assouvir leurs fantasmes avec une « sleeping beauty » sous somnifères.
Quand la belle aux bois dormant devient une fable perverse
Le concept est d’autant plus fort que Julia Leigh a judicieusement choisi Emily Browning, une femme/enfant à la peau laiteuse et diaphane. Déjà érigée cette année en fantasme pour geeks dans Sucker Punch de Zack Znyder, la poupée est toujours l’objet érotique des hommes, mais cette fois dans un registre de film indé anxiogène et troublant.
L’affiche est tapageuse. Un bandeau rouge « A vous de juger » est placardé sur le visage angélique d’une Emily Browning qui vous dévisage avec un regard de braise. On pourra pas dire qu’on était pas prévenu. La réalisatrice s’efforce d’impliquer et de déstabiliser le spectateur en le plaçant comme un témoin privilégié, voyeur et complice. L’idée d’être observé est le vecteur du film et des dispositifs d’écrans interposés sont utilisés à plusieurs reprises pour insister sur cette mascarade perverse, parfaitement huilée et acceptée par tous.
L’étrangeté et la fascination de Sleeping Beauty résident dans l’attente du spectateur à voir jusqu’où Lucy va être déshabillée. Que vont-ils lui faire ? Quels sont leurs désirs, leurs pulsions ? Le film est un appel indiscret à la chair, à la nudité et on oscille entre dégout et envie irrépressible de regarder. Cette position troublante de voyeur dans un univers malsain et filmé avec un traitement fort n’est pas sans rappeler Enter the Void de Gaspard Noé.
Un bel écrin froid mais fade
Sleeping beauty est une première œuvre lente et déroutante aux intentions volontairement jamais bien définies. Au fond, le film semble parler d’un vide existentiel à combler (aussi bien chez les hommes que chez les femmes) mais son intérêt se trouve plus dans son traitement froid et minutieux. La mise en scène très carrée joue sur les symétries. Les transitions en fondu donnent l’impression de se réveiller ou de s’endormir entre chaque scène. Les longs plans séquences isolent les comédiens face à eux même et leur jeu est volontairement désincarné, distant. Ce traitement glacial est à l’image du corps inerte de Lucy lorsqu’elle s’endort pour le plaisir des hommes.
Alors que Lucy devient une figure érotico-tragique, Julia Leigh s’efforce de l’insérer à outrance dans une succession de plans-tableaux qui finissent par perdre en saveur. Au final, cette esthétisation forcée et la galerie de personnages proches de la métaphore finissent par perdre le spectateur qui ne se sent jamais vraiment concerné.
Étrange, lent et inabouti, Sleeping beauty suscite de nombreuses réflexions sur la nature de nos fantasmes. Il a surtout le mérite de révéler tous les talents cachés de Emily Browning.
La bande annonce
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