chroniques

Stagiaires, nous c’est le coût

Au pays des stagiaires, comme dans tous les pays, on s’amuse on pleure on rit, il y a des méchants et des gentils. (Pardon pour cette référence). Enfin, on rit plus vraiment.

Le boom du stage est récent, et il connaît son apogée aujourd’hui, mais je ne vous apprends rien. Par contre ce qui va peut-être vous surprendre c’est qu’avant l’effondrement de Lehman Brothers, les blue chips, (ces sociétés qui occupent les positions de leader dans leur secteur comme l’Oréal et General Electrics) embauchaient entre 50 et 70% de leurs stagiaires. Aujourd’hui, combien de vos potes en sont à leurs 4ème ou 5ème stage ?

Exploités ou privilégiés ?

Paradoxalement, les stagiaires, ces espèces à part qui rêvent de devenir des white collars, sont en même temps exploités et privilégiés. Privilégiés parce que les étudiants qui ne sont pas aidés par papa-maman (417€ ça ne paye pas le loyer) ont moins de chances de pénétrer les industries où les stages sont des passages obligés : finance, divertissement, mode, politique… Et exploités parce qu’ils travaillent pour 417,09€ + tickets resto. Pourtant, les stagiaires français sont mieux lotis que leurs compagnons de labeur américains. Leur loi ne les protège même pas de la discrimination raciale et du harcèlement sexuel au travail (venir plus tôt préparer le café et de partir plus tard pour faire le ménage est parfois même très apprécié). Une affaire aussi vieille que celle de Monica Lewinsky (elle en était à son 2ème stage à la maison blanche) n’a pas suffit à remuer les consciences, puisque rien à changé depuis.

Stages + diplôme = CDI ?

Décrocher un job avec une équation du premier degré, c’est tentant, simple et intelligent. Ca s’appelle l’éducation coopérative. Sauf qu’il manque une variable, voire plusieurs. Les écoles utilisent les stages comme un moyen d’externaliser leur éducation, envoyant leurs élèves d’avril à octobre en stage sans aucun suivi. 6 mois sans élève, c’est autant de coûts d’exploitation économisés.
La crise de 2008 (toujours elle) a aussi son rôle à jouer dans l’échec du modèle « stagiaire ». Certaines entreprises gèlent leurs embauches et remplacent leurs employés payés par une armée de stagiaires. Un exemple, à lui seul, le parc Disney World à Orlando dispose de 8000 stagiaires en continu.
Mais les stagiaires ne sont pas que des sous-produits de la récession. Ils sont aussi responsables de leur situation. En acceptant des situations indignes, ils entrent dans une boucle infernale. La génération stagiaire for ever se soutient sur Twitter entre auto-dérision et indignation (même s’il est très probable qu’ils aient trouvé leur stage grâce à Twitter, plus de 4000 offres de stages y sont postées chaque jour) :

Je palpe tellement d’argent depuis deux semaines.. mais c’est pas les miens #FuckThisJob .. stage non rémunéré

She had a dream. #MLK@Mercurette_: J’ai fait un rêve cette nuit : je quittais mon stage de merde et j’en commençais un autre.

Stage de merde! Le seul truc intéressant que j’ai fait aujourd’hui, c’est d’aller chercher du produit a vitre pour le magasin !

C’est la pénurie de main d’œuvre bon marché qui pourra enfin briser ce modèle. Les employeurs renoueront alors enfin avec la mentalité du « tout travail mérite récompense »

Un blog illustré vis ma vie de stagiaire : yatuu
Un livre pour aller plus loin : Intern Nation :
How to Earn Nothing and Learn Little in the Brave New Economy

INTERN-NATION

à propos du zoomer

Claire Lacoste
Claire a mis sur son CV qu’elle était polyvalente et qu’elle aimait les lolcats, ça a marché. Elle a décroché le job de bourreau des plaintes de Zoomout. Ses références sont toujours au top de la hype et à force de trainer sur les forums de geek, elle a tendance à ne parler plus qu’en html.

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