chroniques

Retroaction#29 // My Bloody Geek

Il y a quelques temps de cela, je me suis foulé le poignet sur ce même site à essayer de retracer une petite histoire du punk, à travers une série d’albums tous plus délicieux les uns que les autres.

L’épopée partait de là où le mouvement a pris ses sources, jusqu’à son zénith, pour clôturer cette série d’articles « à suivre », avec « Three Imaginary Boys », des Cure. Alors que je croyais cette étape terminée, le fantôme du punk a tout à coup refait son apparition.

Comme ça, sans avertir, au Grogstore qui faisait l’angle, il a surgi de nulle part, brandi par un chroniqueur dont la plume vous dira certainement quelque chose. Le bougre a lâché le mot « post-punk », telle une bête enragée sur un morceau de viande crue. Au détour de cet article minutieux et chantourné avec l’amour et la tendresse du Coldien Apostogothico Punk qu’est son auteur, je rattrape le bébé au vol pour lui poser cette question : Loveless, quatrième et dernier album de My Bloody Valentine, est-il un album Coldwave ?

Dans la famille Post-punk, je demande la fille : Coldwave. Nop, décédée depuis 5 ans. Au niveau des dates, nous n’y sommes pas : la Coldwave apparaît au début des années 1980, alors que Loveless, sort en 1991. Et puis My Bloody Valentine a déjà son appellation : ils sont « shoegaze ». Les gars sont casés quoi, ils ont leur mot. Mieux : ce sont eux les pionniers du terme. Mais c’est quoi le Shoegaze réellement ? Là où le mot « Coldwave », parle de la musique, décrit une ambiance, une couleur, le mot « Shoegaze », lui, ne renvoie qu’à une attitude scénique : les mecs regardent leurs pieds quand ils jouent.

Alors que les hippies parlaient du monde dans leur musique, les punks, eux, déçus mais révoltés se sont au contraire repliés sur eux même, leur ville, leur quartier, jusqu’à la peau qui colle à leurs os. Et puis comme eux aussi ont échoué dans leur lutte, les suivants se sont encore plus rétractés, au point de rentrer en eux même, dans leur propre chair. Les hippies étaient cosmiques, le post-punk est moléculaire, sa musique est intérieure.

Et quoi de plus intérieur que Loveless ? Ils sont descendus à une échelle si petite que leur musique dialogue avec l’univers, selon la théorie des cordes de Bilinda Butcher, gratteuse sursaturée et chanteuse sous-mixée. Tout est froid, comme anesthésié, plongé sous plusieurs nappes de sons indistincts et pourtant mélodieux comme le chant des planètes.

Ils ne regardent pas leur pieds : ils regardent en eux !

Il y a tellement de jolis mots pour définir les choses, les attitudes, les objets, pourquoi la musique ne s’en tiendrait qu’à un seul, cloitré dans une vitrine de classement des espèces au Museum d’Histoire Rock’n’roll ?

Ma liste pour Loveless :

Shoegaze

Coldwave

Intérieur

Rétroviseur

Fraiseuse

Ecran-plat

Allonger

Image de prévisualisation YouTube

C’est pas le clip du siècle, mais ça donne un bon aperçu.

Rattrapages: Pour les retardataires qui n’auraient pas suivi les précédents articles de Rétroaction retraçant la tragique épopée du Punk > Cul sec ou par petites lampées, vous vous enfilez toute la liste, depuis Rétroaction#13 jusqu’à Rétroaction#23 (à taper dans la barre de recherche, pour les autres numéros).

MyBloodyValentine_Loveless

à propos du zoomer

Antoine
A l’origine, il y’a eu les Beatles. Et puis la guitare, les études d’architecture, la guitare électrique, les CD, les vinyls, le poster de Simonon qui brise sa basse, les pantalons étroits, les bottines, les concerts, les pogos, les bottines sales. En parallèle de tout cela, un amour pour « le rock », au sens large, c'est-à-dire pas grand-chose au début et tout aujourd’hui, alors que cet amour grandit et se ramifie encore et encore.

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