Récemment heureux papa dans la vie privée, David Schwimmer semble soucieux de son époque, des nouvelles technologies et des dérives qu’elles comportent sur nos ados biberonnés à l’internet, l’iphone, facebook et des tchat en veux-tu en voilà.
Une cause à défendre
Annie a 14 ans. Ses parents ne sont pas chiants. Elle veut être « cool ». Mais elle ne sait pas trop comment s’y prendre avec les garçons. Elle a une main sur le clavier de l’ordi, l’autre sur le portable et entre les deux, des seins qui poussent. Bref, c’est une ado de 14 ans.
Droguée aux réseaux sociaux, elle rencontre sur le net Charlie, un beau blondinet de 16 ans « drôle et intelligent » (dit-elle avec un regard malicieux). Au fil des conversations et en l’espace de quelques clics, les deux adolescents semblent faits l’un pour l’autre. La confiance et l’amour virtuel établis, Charlie avoue qu’il n’est pas tout à fait celui qu’il prétend et qu’il est plus proche de l’âge de ses parents que du sien (dit-il avec un regard maliceux).
Cependant, Annie se sent mieux comprise et moins seule derrière son écran que dans la cour de récré. Elle accepte la rencontre avec Charlie et plus si affinité. Des photos se retrouvent sur le net et le FBI poursuit Charlie pour viol sur mineur.
David Schwimmer axe son sujet du point de vue de la victime et insiste sur les répercussions des déviances sexuelles d’internet. Les parents sont bouleversés alors que Annie, manipulée et amoureuse en apparence, ne comprend pas la gravité des actes de Charlie. Le film soulève de nombreuses questions lourdes de conséquences : peut-on considérer qu’il y a viol si la victime « aveuglée » pense avoir agi en toute âme et conscience ?
À partir de là, Trust prend des allures de descente aux enfers pour cette famille américaine parfaite et tranquille. Annie rejette la vérité et le monde qui l’entoure. Elle se sent agressée par ses propres parents, le couple se déchire et Clive Owen sombre dans une obsession de vengeance maladive. Le drame prend forme grâce à la direction d’acteurs sobre et convaincante. Clive Owen est encore une fois très juste dans un registre différent et Liana Liberato incarne parfaitement toute la complexité et les contradictions d’une ado qui traverse une épreuve à priori insurmontable.
Un traitement trop consensuel
Mais au fond, cette histoire n’a t’elle pas déjà été traitée de nombreuses fois au cinéma ? À force de s’attarder sur les conséquences désastreuses pour la vie de Annie et de sa famille, Trust tend vers le long spot de prévention anti pédophile parfaitement interprété mais sans surprise de traitement.
Trust gagne surtout en consistance et en force de persuasion lorsqu’il montre en filigrane comment internet et les médias au sens large surfent tous les jours sur l’image vendeuse des corps juvéniles. Le culte du corps jeune et la sacralisation de sa nudité est « bankable ». Dans les magazines, dans la pub, les hôtesses de soirées en petites tenues sont toujours plus jeunes et toujours plus nues pour nous rappeler combien il est important de ne jamais vieillir pour rester désirable et aimé. Internet est un outil révolutionnaire qui demeure néanmoins le prolongement d’une société de consommation et qui alimente de manière sous-jacente les déviances sexuelles.
Merci Ross mais je crois que nous l’avions déjà tous remarqué.
La bande-annonce
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