chroniques

X raisons pour ne pas lire “La generation Y par elle-même, quand les 18-30 ans réinventent la vie »

Myriam Levain et Julia Tissier nous ont appâtés avec une promesse ambitieuse, celle de démonter un par un les a priori qui collent à la peau des Y : individualistes, insolents, instables au boulot, indécis en amour, dopés au porno, dépolitisés, incultes, capricieux, drogués et grands enfants. On a foncé dépenser nos 20€, en pensant être libérés de ces poncifs pénibles et paralysants.

Myriam et Julia ont 29 et 27 ans. Elles ont fait des études longues (Sciences Po et l’ESJ pour Myriam, droit à la Sorbonne pour Julia). Elles ont commencé leurs piges au Parisien et à Libé,  ont enchainé stages sur contrats pro sur CDD et écrivent aujourd’hui pour la rubrique société de Be. Myriam et Julia, auto-proclamées portes-parole des Y ont tenté de décrire notre génération ; détestable.

200 pages de justification

Les auteurs  recueillent les témoignages de Fleur, Josépha, Zac et Laura (et 50 autres) interrogés sur leur quotidien et leurs attentes. Certains sont drôles comme ce tweet  « Avoir 29 ans. Recevoir sa Carte 12-25 qui manquait depuis plus de deux ans. Voir que le format n’a pas changé. Être émue ». Les pauvres observations qui s’ensuivent ne sont malheureusement que des tentatives de justification. Un exemple : si on est des grands enfants, instables, infidèles, et égocentriques c’est  à cause de nos parents. Ils nous ont trop aimés les bougres. Nous entretenons avec eux une relation tellement fusionnelle que l’on préfère le confort du linge repassé à l’indépendance d’un studio de 15m2.

Si on est égoïstes, instables, incultes, dédaigneux et capricieux (car oui, il y a beaucoup d’énumérations dans ce livre) c’est à cause de la société. Nous qui avons grandi avec le spectre du chômage flottant dangereusement jusqu’à 9% et du SIDA qui terrasse (on était là aussi pour l’invention de la trithérapie mais apparemment ça compte moins). Alors, ce n’est pas de notre faute si « le réflexe  immédiat des Y pour avancer est de se préoccuper d’abord de soi ». C’est pour notre survie.

Sans rien pourfendre

Certes, la description de l’environnement socio-économique est juste, mais l’analyse est maladroite, raccourcie. Selon le chapitre Ils sont insolents, nos parents nous ont laissé devenir des lavettes molles. Ce sont eux qui nous ont laissé nous épanouir dans notre enfance et c’est à cause d’eux qu’on ne pense qu’à jouer aujourd’hui : « S’amuser est devenu un leitmotiv chez les Y qui ne conçoivent pas une vie sans jeu ». Nous sommes la génération du LOL et du zapping et on veut le retrouver partout, surtout dans l’actu. On ne s’abreuve plus que du Petit Journal et des blogs satiriques. Suivre @humourdedroite sur Twitter est maintenant la référence du Y. On oublie que ce sont aussi ces jeunes qui peuplent les salles de concerts, les cinémas, et qu’on ne devient pas sur-diplômés sans un peu de culture.

C’est déprimant

Nous les Y, les digital natives ne consommons pas la culture comme nos parents. On n’achète plus de CD, nous c’est le streaming et le peer-to-peer. Pour Myriam Levain et Julia Tissier, on ne lit plus de classiques, mais la littérature jeune adulte, qui apparemment explose. Harry Potter et Twilight, c’est ça qu’on lit. Mais qu’on se rassure, on a quand même des compétences que les X ou les baby-boomers n’ont pas. Par exemple, on sait trouver une machine à laver pas chère sur leboncoin.fr, alors que nos parents vont chez Darty acheter la même au prix fort. Ça viendrait de notre côté geek dégourdi. Soupir.

Après 12 chapitres, la gorge sèche et l’œil vitreux, l’épilogue donne le coup fatal à une nuque endolorie. Oui les Y sont infects, mais les Z, (qui ont entre 7 et 15 ans en 2012) seront pires. Mais, nous dit-on, le monde appartient aux Y, que les Z se débrouillent avec leurs vices. Un conseil donc, gardez vos 20€ pour boire des verres ce weekend (rappelez-vous « ils boivent et ils se droguent ») ou si vous tenez vraiment à le lire, prenez le comme un private joke, ou au mieux comme un épisode de Bref un peu trop sérieux.

GenerationY-livre

à propos du zoomer

Claire Lacoste
Claire a mis sur son CV qu’elle était polyvalente et qu’elle aimait les lolcats, ça a marché. Elle a décroché le job de bourreau des plaintes de Zoomout. Ses références sont toujours au top de la hype et à force de trainer sur les forums de geek, elle a tendance à ne parler plus qu’en html.

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