Ce complexe, c’est le même que celui qu’on avait eu en 4ème quand ce correspondant de Freiburg affichait un français fluide pendant qu’on baragouinait tout juste un Ich möchte eine Kartofelsalad. Aujourd’hui on en en serait presque à penser arrêter les cours de chinois pour rouvrir ce bon vieux Harrap’s (celui avec la couverture noire).
Deutsche Qualität
Parenthèse collège fermée, c’est quoi le modèle économique allemand ? Ce qui nous fait rêver nous les Französisch c’est leur 3,6 % de croissance et leur moins de 8% de chômage. Désolée de briser vos fantasmes, mais ce n’est pas leur disposition à la docilité qui porte cette croissance mais bien leur balance commerciale. La France affiche une balance déficitaire de 46 milliards d’€ alors que l’Allemagne exporte 141 milliards de plus que ce qu’elle n’importe. D’ailleurs nous sommes les premiers à acheter allemand : 30% des voitures produites en Allemagne sont destinées à être vendues aux Français.
De plus, les PME allemandes, le Mittelstand, bénéficient de la notoriété du Made in Germany (gemacht in Deutschland) à l’export qui leur permettent d’exporter des produits spécifiques, comme la colle à carte à puce. Compétitivité et spécificité donc, c’est ce qu’il manque à nos produits. Vendre 288 bries de Meaux et 9 Speedy Vuitton équivaut à vendre une Opel Astra.
Compétitivité + Spécificité = Précarité ?
Quand l’économie française repose sur sa demande intérieure (plébiscitée par Bayrou), l’Allemagne saisit les opportunités de l’international avec l’obsession de la compétitivité, déclenchant une guerre permanente aux coûts de production. En Allemagne, le coût horaire du travail est de 29,10 € soit 4 € de moins qu’en France. Ce qui ne se fait pas sans sacrifice : une couverture sociale inégale, pas de salaire minimum et un nombre de « petits salaires » élevés.
En 2003 quand le chômage affolait Berlin, Gerhard Schröder a mis en place une réforme anti-crise sociale visant les jeunes et les femmes (l’accès à la crèche étant très difficile) : les mini-jobs. Ces temps-partiels exonérés de charge, limités à 15h par semaine pour 400 € par mois ont été créé pour compléter un emploi ou un petit-boulot. Ce qui devait être une passerelle vers le marché de l’emploi s’est transformé en un maelstrom de précarité. Les mini-jobs concernent aujourd’hui un travailleur sur quatre. Moins de chômage certes, mais l’explosion du sous-emploi, certainement.
Politiquement, se rapprocher de l’Allemagne ne peut pas être une erreur. Nicolas le petit fayot a raison de vouloir mettre la maîtresse Angela dans sa poche, il bénéficiera de la crédibilité du bon élève lors des sommets internationaux. Cependant, économiquement, calquer le modèle allemand basé uniquement sur l’exportation est une erreur : près de dix ans de croissance mondiale ont été nécessaires à l’Allemagne pour apercevoir une baisse du chômage effective au prix d’une politique de salaires extrêmement restrictive. À en croire, le FMI, la situation est loin d’être la même qu’il y a 10 ans, ni la Chine ni les Etats-Unis ne sont prêts à acheter européen. Seuls l’Amérique Latine et les Caraïbes semblent conserver des persectives de croissance solides. Finalement, c’est peut-être l’espagnol et le portugais qu’il faudrait réviser.
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