Tomas Alfredson n’a décidément pas de chance avec les titres français. Après Let the Right One In, son joli film de vampires bêtement traduit par Morse, c’est au tour de son deuxième film de se voir attribuer un titre à côté de la plaque. Il ne s’agit pas d’un whodunit dont le principal intérêt serait de deviner qui est la taupe, même si cela constitue la base du scénario.
À la suite d’une opération foirée à Budapest, George Smiley (magistral Gary Oldman tout en intériorité), un vétéran de l’espionnage britannique, doit mener l’enquête parmi ses anciens collègues du MI6. Mais le film délaisse la tentation spectaculaire de la chasse à l’homme pour un rythme lancinant qui déconcertera les spectateurs habitués au cinéma prémâché. Alfredson dresse avant tout le portrait de bureaucrates dépressifs dans leurs tristes costumes grisâtres, à mille lieues du glamour de James Bond.
70′s wallpaper
Le roman de John le Carré avait déjà fait en 1979 l’objet d’une mini-série de la BBC qui durait plus de 5 heures, avec Alec Guinness dans le rôle de Smiley. Il fallait un sacré exploit des scénaristes pour compresser ce vertigineux casse-tête sans dénaturer toute sa complexité tortueuse. La mise en scène élégante et sophistiquée d’Alfredson exploite à merveille ce climat de suspicion et de non-dits avec une virtuosité jamais ostentatoire. Ce qui frappe le plus est sans doute le style visuel du film et l’impeccable reconstitution d’époque, c’est le retour triomphal du papier peint cafardeux des années 70. Cette esthétique glacée rebutera sans doute les détracteurs du film qui reprocheront au film de se complaire dans l’imagerie terne. Mais la précision chirurgicale des plans et la maîtrise évidente parviennent à captiver et à instiller une atmosphère envoûtante, même si on ne comprend pas grand-chose (ce qui a été mon cas, je le confesse).
Casting +++
Il faut dire que l’une des grandes qualités de ce film réside dans son casting assez hallucinant, qui pourrait même nous convaincre que les acteurs anglais sont les meilleurs du monde. Tous ces anti-héros dépressifs et solitaires dissimulent leurs secrets dans un fascinant ballet de non-dits. S’ils ressemblent d’abord à des silhouettes égarées dans un système bureaucratique, où personne ne semble comprendre clairement tous les enjeux globaux, la mise en scène toute en finesse d’Alfredson joue la carte de la distanciation pour mieux faire ressortir leur profonde mélancolie.
La bande-annonce :
Parmi les films de la semaine, il ne faut pas non plus rater Un monde sans femmes, le beau moyen métrage de Guillaume Brac, qui ravive les beaux souvenirs de ces films de vacances si chers à Jacques Rozier et Eric Rohmer (sans toutefois égaler leur génie). Avec cette charmante manière de filmer les rencontres et les émois sentimentaux de ses personnages (admirablement joués par quatre acteurs très talentueux, Vincent Macaigne en tête), le film parvient à atteindre cet équilibre entre légèreté enjouée et amertume cruelle. Un cinéaste prometteur est né.
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